LE KAVE SE REBIFFE

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jeudi 30 novembre 2017

ELLES SONT DES DIZAINES DE MILLIERS


"Une vie est faite de tant de choses, de malheurs, de bonheurs, de rires, de larmes : c'est ça une vie" Mireille Darc


Article vidéo documentaire + interview de la grande blonde à la robe noire...

Mireille Darc est décédée le 28 aout dernier, cette grande dame avait coréalisé en 2015 un documentaire pour le magazine Infrarouge afin de faire valoir la cause des femmes sans-abris.
Mais avant de laisser le Spotlight à Mireille, petite introduction kaviste sur le sujet...


Elles sont des dizaines de milliers

Les kaves se rebiffent et se conjuguent au féminin pour ces dizaines de milliers.


Macron s'occupe (très bien) des très riches, tandis que pendant ce temps-là en France, oui la France Mesdames et Messieurs, dans le monde réel de la réalité où vivent les vrais gens, il y a plus de 9 millions de pauvres, plus de deux millions de travailleurs pauvres, des milliers d'enfants, des dizaines de milliers de femmes dans les rues.
 Celles-ci sont estimées à environ 40% de la population sans abri errantes dans les rues de nos villes et villages. Etre une femme n'est déjà pas forcément chose aisée en ce monde, mais vivre sa féminité dans une vie d'errance ne tenant qu'à un fil l'est d'autant moins.
Sans même parler de toutes les horreurs liées au monde de la rue inhérentes à sa condition de femme, l'humain féminin doit tout de même y affronter la violence, le viol, la prostitution , ça fait déjà lourd tout ça non?
 Parfois accompagnées d'enfants, parfois jeunes, parfois âgées, installées sous des ponts, des trottoirs, elles vivent l'indécent, l'indicible.
On ne peut imaginer ce qu'elles subissent au quotidien, la souffrance d'être dehors sans perspectives, sans le minimum vital pour survivre; cela fait partie de l'indécence de notre société, cachez ces bougresses que nous ne saurions voir, nous avons suffisamment à faire avec nos actionnaires...
L'hiver est là, et les conditions vont être à nouveau insupportables pour toutes et tous, les gueux sont laissés à la rue sans pitié, ni remords.
Pourtant, on nous le répète, patience le gouvernement s'occupe de tout... Mais il ne se passe rien.
Ceux qui ne sont rien n'ont droit à rien.
 Quand Mireille Darc a fait son documentaire, elle avait l'espoir que les choses changent, mais deux ans plus tard, elles se sont encore accentuées, empirées, la misère exponentielle à la française en quelque sorte.
Il est intolérable de constater que nous devons nous opposer à notre propre gouvernement pour lutter contre la pauvreté et que nous sommes encore à alerter sur une situation dramatique faisant honte à notre pays.
Il est insupportable de voir les associations caritatives devoir supporter tout le poids de l'aide aux plus défavorisés, alors que l'état mène grand train sous les ors de la ripoublique.

Elles sont des dizaines de milliers sans abris, répétez-le, des dizaines de milliers.




En France, 2,5 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté.
Certaines n'ont pas de logis. D’autres pourraient ne pas savoir où dormir prochainement. Ces personnes aux itinéraires cabossés sont en équilibre sur le fil de l'existence.
 Prendre un repas chaud, trouver des couvertures, des vêtements ou un endroit pour se reposer... c’est une bataille qu’elles mènent au quotidien.
L'actrice Mireille Darc est partie à la rencontre de ces dames afin de leur donner des noms et de porter un autre regard sur elles.



Mireille Darc pour “Elles sont des dizaines de milliers sans abri” :
“J’ai pris ce que ces femmes m’offraient”
Vincent Arquillière 15/12/2015
Article de l'interview de Télérama


"Depuis le début des années 90, l’actrice populaire est devenue une documentariste qui ne craint pas de traiter des sujets difficiles. Dont celui des femmes sans abri, dans son dernier film sobre et poignant que diffuse France 2 ce mardi soir.
Bien sûr, on la connaît avant tout comme actrice, star du cinéma français des années 60-70 et piquante égérie de Georges Lautner, puis figure familière des grandes sagas d’été et autres fictions populaires. Mais depuis le début des années 90, Mireille Darc, née en 1938, a entamé une autre carrière, plus discrète, celle de documentariste pour la télé.

A son actif, une douzaine de films pour France Télévisions, dont certains coréalisés avec la monteuse Nathalie Amsellem. Ne craignant pas de traiter des sujets difficiles, comme la prostitution (Brève rencontre, 1994), la mort et les maladies cancéreuses (Le Doute et l'espérance, 1996), la réinsertion de détenues (De l'ombre à la lumière, 2002), la pornographie (Une vie classée X, 2005), l'introspection de religieuses (Vivre d'amour, 2007), les travailleurs du sexe (Pas sur la bouche, 2011) ou le pardon (Pardonner, 2012), elle s’attache avant tout à des expériences humaines, qui font souvent écho à ses questionnements intimes et à sa propre vie.

Sans chercher à se mettre en avant, Mireille Darc livre des films modestes et très personnels, où s’affirment sa sensibilité et une grande qualité d’écoute. Un cheminement dans lequel s’inscrit Elles sont des dizaines de milliers sans abri, sur des femmes qui vivent ou ont vécu dans la rue, diffusé par France 2 ce mardi. Elle évoque avec pudeur un tournage dont on devine qu’il a été éprouvant."


Comment s’est opéré votre passage assez inattendu au documentaire ?


J’ai vécu avec un homme qui est décédé à la suite d’une greffe du foie [le journaliste Pierre Barret, mort en 1989, ndlr]. Je l’ai accompagné jusqu’au bout, et c’est quelque chose dont vous ne sortez pas indemne. Sachant que j’étais ainsi particulièrement sensibilisée au sujet [Mireille Darc est ambassadrice de La Chaîne de l'espoir, qui aide les enfants de pays pauvres atteints de malformations cardiaques, ndlr], Bernard Benyamin et Paul Nahon m’ont demandé en 1992 si je voulais réaliser un vingt-six minutes pour Envoyé spécial, sur les greffes d’organes, en me disant que ça pouvait être une thérapie pour moi.

Tout le monde était satisfait de l'expérience et deux ans après, j'en ai tourné un autre, pour lequel j’ai côtoyé pendant huit mois des prostituées, et qui a eu un fort retentissement. J’ai aussi appris beaucoup de choses en réalisant Pas sur la bouche, sur les travailleurs du sexe, où j’ai voulu aborder le sujet frontalement, sans que ça me paraisse tendancieux. Bien sûr, pour Elles sont des dizaines de milliers sans abri, il y avait beaucoup plus de pudeur.

L’idée venait-elle de vous ?

Cela fait longtemps que je voulais traiter ce sujet. J’avais pensé m’y consacrer dès 2013 mais j’ai été opérée du cœur et je n’étais physiquement pas en état de passer mes journées dehors. J’ai donc attendu d’être totalement rétablie. Il y a eu deux ou trois mois d’enquête, de prises de contact avec des associations. Petit à petit, des ouvertures se sont dessinées. J’ai rencontré beaucoup de femmes, mais beaucoup disparaissaient, ne donnaient plus de nouvelles. J’ai alors compris qu’il fallait prendre une caméra et y aller directement, sans passer trop de temps sur la préparation.

Malgré le décalage entre ma situation et la leur, il devait y avoir dès le départ un véritable échange, une envie de leur part, même s’il était difficile de savoir vraiment ce qui les motivait pour apparaître à l'image. A chaque fois, je leur demandais si elles avaient des enfants, de la famille, si ça ne risquait pas de leur poser un problème. Elles devaient être conscientes des éventuelles retombées. Je tenais aussi à avoir un large panel, pour montrer qu’il n’y a pas qu’une seule catégorie ou une tranche d’âge précise qui est concernée. Se retrouver à la rue, cela peut arriver même à des femmes issues d’un milieu bourgeois.

Dans la rue, les femmes sont encore plus vulnérables que les hommes ?

C’est un univers où on peut vite perdre pied, qui est très dur pour tout le monde, et surtout pour les femmes. Elles doivent se protéger en permanence. L’une d’elles m’a dit qu’elle était très reconnaissante à la concierge qui la laissait dormir sur le palier du dernier étage, parce qu’au moins elle savait qu’elle ne risquait pas de se faire violer pendant la nuit… Une femme seule peut aussi se faire dépouiller du peu qu’elle possède, de son argent, de ses chaussures.
Ces femmes vous semblent-elles très seules, ou ont-elles quand même un petit cercle d’amis, des personnes qui peuvent les aider  ?

Beaucoup me disaient que oui, mais mon documentaire était avant tout centré sur elles, donc ça n’apparaît pas forcément. Les femmes qui ont échappé à la rue, provisoirement ou de façon plus durable, ont réussi à tisser des liens avec des personnes qui ont vécu la même chose. Maryse, l’une des sans-abri qu’on voit dans le film, m’a assuré qu’elle avait des amis, pourtant je ne les ai jamais croisés. Je lui ai demandé à les rencontrer, mais elle me répondait qu'elle ne voulait pas tout mélanger. Je n'avais pas non plus envie d'être intrusive.

Cette femme se distingue nettement par une certaine joie de vivre, une faculté d’adaptation aussi. A un moment, elle dit : « Je garde ma dignité. »


Et pourtant, elle n’a pas grand-chose… J’ai essayé de la mettre en contact avec des associations qui pourraient s’occuper d’elle, mais elle n’a pas voulu. On sent qu’elle ne veut pas entrer dans des « circuits  ». Elle tient à son indépendance, comme beaucoup. C’est l’une des personnes que je ne retrouve pas, d’ailleurs. Je sais qu’elle a fait des séjours à l’hôpital dernièrement, mais j’ai perdu sa trace. Je ne sais pas où la trouver ; je suis retournée à la soupe populaire où je l’avais rencontrée, ils ne l’ont pas vue depuis longtemps. Elle dormait souvent à la station de RER Auber. J’y suis allée plusieurs fois le soir, en vain…

Vous montrez aussi que les choses les plus simples se révèlent complexes pour elles.


Oui, elles font des kilomètres pour aller se laver, pour aller manger, laver leur linge. Pour rester dignes, justement. Et le lendemain, elles recommencent. Quand il fait froid, elles entrent dans une église pour s'abriter, ou dans un grand magasin. Mais quand elles portent leurs sacs à bout de bras, la sécurité les empêche de traîner dans les rayons…

Certaines femmes évoquent leur passé, dans des séquences particulièrement poignantes, d’autres non.


J’ai pris ce qu’elles m’offraient… L’une d’elles, Nathalie, a vu le film avec moi il y a quelques jours, elle était en larmes. Elle m’a dit qu’elle craignait un résultat misérabiliste, que ça sombre dans le pathos, et elle était soulagée que ce ne soit pas le cas. Elles ne veulent surtout pas qu’on les plaigne. Du moins, celles que j’ai suivies, même si je ne prétends pas qu’elles sont représentatives. Je pense qu’il faut une grande volonté pour supporter cette vie. Je ne les juge pas, je suis là pour les écouter, les aimer, les aider un peu si je peux. J’espère que les personnes qui verront le film porteront un autre regard sur ces femmes qui passent un mauvais cap, mais je n’ai pas de solutions. Je pense juste que beaucoup travailleraient si on leur en donnait la possibilité.

Vous avez fait le choix de ne pas apparaître dans ce film, mais c’est vous qui dites le commentaire. Pourquoi ?

Je tiens à être présente d’une manière ou d’une autre car ce sont mes films. Je crédite ma monteuse Nathalie Amsellem comme coréalisatrice car son rôle est essentiel, elle propose des idées et fait des choses que je ne sais pas faire.
 Je lui apporte ce que j’ai filmé, et je suis toujours à côté d’elle pendant l’étape du montage, je lui parle beaucoup. Ça reste mon film, mais ça devient aussi un peu le sien.
Par ailleurs, il est formellement plus brut, plus rigoureux, que d’autres que j’ai pu faire. Je ne pouvais pas partir dans ces petits « délires » de mise en scène que j’aime bien. Je me serais sentie mal par rapport au sujet. En revanche, le « je » me semblait légitime car au départ c’est ma démarche personnelle, et je le revendique.
 Sinon, je n’aime pas particulièrement être à l’image dans mes documentaires, je ne veux pas tirer la couverture à moi."

Un film de Mireille Darc et Nathalie Amsellem



Rest in Peace Mireille

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